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Interview littéraire: "Voir Y. et mourir" de Claude Lafontaine

Publié le par Rudy L'Agité

Claude Lafontaine, merci de répondre à cette interview, tu a repris ton véritable nom pour écrire, car on te connais plus ici comme chroniqueur et musicien rock, sous ton pseudo de John Flower ! On se doute que l’écriture n’est pas une activité nouvelle pour toi, mais jusque-là tu n’avais pas encore été édité !

Non, car je n’avais jamais rien envoyé à une maison d’édition. Cependant j’ai toujours écrit.
J’ai commencé à écrire des histoires tout petit, car je vivais dans un milieu familial très conservateur et très réac, catho à mort, où j’étouffais et je m’ennuyais. Ces milieux-là génèrent souvent un fort besoin de se rebeller et en attendant de pouvoir le faire en m’en allant définitivement, j’écrivais secrètement dans des cahiers des histoires dans lesquelles je faisais tout exploser ! ah ah ah ah !

Tu m’a dit que tu avais cependant été publié une fois par Rock and Folk !

Oui, c’est anecdotique : je vivais alors avec une personne qui avait lu mes textes et qui m’avait dit que c’était de la merde. Alors j’ai tout brûlé dans la cheminée.
Puis je me suis dit « Je vais envoyer une nouvelle à un magazine. S’ils la publient,je continue à écrire ...» Alors j’ai écrit une histoire qui se passait dans les milieux du rock, et je me suis dit que Rock and Folk, auquel j’étais abonné, était tout indiqué. J’avais remarqué que parfois ils publiaient une nouvelle d’un lecteur. Je n’ai plus pensé à tout ça, et puis voilà qu’un jour, en
lisant le dernier Rock and Folk paru, hop je tombe sur ma nouvelle en double page, avec ma
photo.
Ca m’a encouragé et hop j’ai repris l’écriture.


Mais pourquoi avoir attendu tout ce temps, car je crois que tu es un « jeune « sexagénaire,
pour faire publier un roman ?


Et bien je ne pensais pas que ce que j’écris était assez valable pour le proposer à un éditeur.
Autre raison : je connaissais des écrivains qui souvent étaient prétentieux et ne parlaient que de ça, ne se fréquentaient qu’entre eux, se croyaient supérieur aux gens du quotidien, et je n’ avais donc pas envie de faire partie de ce cirque.

Egalement, je ne cherchais pas la notoriété ni à me faire valoir, j’écrivais comme d’autres jouent du rock dans une cave. Une nécessité d’expression, un plaisir. C’est quand ma seconde compagne est morte que j’ai ressenti l’envie de cracher ma souffrance, de rappeler qu’elle avait vécu parmi nous, et aussi les rires, les joies, tout est venu peu à peu, ça a donné ce livre : << Voir Y. et mourir... >>, qui emmène dans toutes sortes de territoires et montre aussi des gens généreux, sympathiques, mais aussi mesquins, <<petits>>, ridicules ou mauvais, voire brutaux.
Egalement j’y dénonce le Front National, les politiciens, la cupidité, l’injustice, tout ce qui me fait réagir depuis mon adolescence soixante-huitarde. J’y montre aussi les travers du milieu enseignant, d’où je sors, car ça n’est pas si simple pour un vieux rebelle que de devoir se plier à une discipline, à des chefs, j’ai eu toutes sortes d’ennuis avec la hiérarchie au boulot !


Quelles ont été tes influences en écriture ?


Mes influences en écriture contemporaine sont Henry Miller ( qui, le premier, n’a jamais craint d’aborder avec clarté les sujets « tabous «, comme la sexualité ou la misère imposée par la cupidité du monde de l’entreprise, la froideur de nos sociétés de gens qui se plaignent d’un rien, l’on voit sur Facebook des gens gémir d’une écharde dans le doigt et rester indifférent devant le spectacle d’un pauvre type qui meurt de froid ans la rue... ) et Charles Bukowsky pour la liberté du ton, le j’m’en foutisme des conventions.

Mais on peut y ajouter aussi Thomas Bernhardt, qui a dégueulé sur la société autrichienne de notre époque, toute pourrie par des relents de nazisme, sans oublier les journalistes et critiques rocks de la grande époque, les Alan Dister, Philippe Garnier, les Nick Kent, les Lester Bangs, Patrick Eudeline, et.c... Ces gens-là ont une écriture qui fait le lien direct entre la littérature « beat « ( William Burroughs, Jack Kerouac...) et notre littérature courante toujours un peu assoupie et guetteuse de prix littéraires.
J’ai notamment été influencé par Allen Ginsberg. Et puis j’ai essayé d’adopter la
méthode du japonais Mishima pour la planification d’un livre, sa construction, cette façon de faire couler les histoires, de les faire glisser les unes après les autres sans qu’on ne ressente une rupture même si ce sont des nouvelles.


Ecrire des livres est donc pour toi compatible avec ton expérience de musicien rock ?


Ce qui m’intéresse c’est justement la relation entre l’écriture et les autres arts, de même que
dans ma vie sociale ce qui m’intéresse c’est ma relation avec les autres, plus que ma relation avec moi-même, je n’apprécie pas le narcissisme ni l’égocentrisme, la solitude n’est jamais loin derrière ces défauts. Je pense très sincèrement que l’écriture ne doit pas être uniquement un moyen défoulatoire d’exprimer ce qu’il y a de profond en nous, mais doit aussi prendre en compte l’élément <<lecture>>, c’est à dire qu’il faut absolument penser à ceux qui vont aller à la rencontre des mots qu’on choisit. On peut donc essayer de les choquer, de leur donner du plaisir, de provoquer des émotions, de les faire rire, voire pleurer, et.c., je ne crois absolument pas à l’écriture <<dégagée>>, pour moi un écrivain doit prendre des risques, doit affirmer des
positions, ne doit jamais penser à ses droits d’auteur, afin de rester libre et convaincant.

Je suis un type de soixante balais qui vit tous les âges de sa vie selon ses besoins ou les circonstances.
Quand tu chantes sur scène tu as vingt ans, quand tu écris ton bouquin, tu peux
avoir une trentaine d’années pour l’énergie qui passe dans le texte et parfois tu fais appel à ton expérience de la vie pour mettre des vitamines qui vont donner de la pulsion de vie.

Mes soixante ans, je les revendique, sur scène comme sous la couette, devant un clavier comme devant un piano.
Par contre, j’aime pas qu’on me rappelle mon âge à tout bout de champ
comme s’il s’agissait d’une sorte de maladie, je me sens vigoureux et plein de tonus, j’aime la vie et je suis enthousiaste, mais gare à celui qui me traitera en << vieux >>, je réagis comme Cyrano quand on l’emmerdait avec son nez.
L’âge, la mort c’est de la merde et il ne faut jamais s’y arrêter. Ton coeur bat et tu l’écoutes, faut pas que ta musique s’arrête comme ça, ton coeur bat et ça rythme ta joie et tes rires.
Mon rêve serait qu’après avoir lu mon livre on se dise  <<Moi aussi je veux écrire, moi aussi je peux ... >>, car franchement écrire, c’est possible pour tout le monde, dès lors qu’on se décomplexe, qu’on se dise : << Oh et puis merde, je m’en fous de mes fautes, je m’en fous de ce qu’on va penser de mon texte, allons-y ! Banzaï ! et puis on trouve toujours quelqu’un pour nous donner des trucs et combines qui permettent de trouver son moyen d’expression.
Mon plaisir aussi serait qu’après avoir fermé le bouquin on soupire en se disant : « C’était pas
mal quand même, j’ai passé deux heures de plaisir... >>.
J’ai fait et je fais toujours beaucoup de rock’n roll, après tout j’ai l’âge de cette musique, l’âge qu’aurait eu Joe Strummer, l’un de mes exemples en zique, comme Joe Ramone, et ça ne contrarie nullement le rapport que j’ai avec l’écriture, bien au contraire, pouvoir jouer et chanter le rock, ça permet de garder une petite étincelle « rock « dans un texte, un grain de folie, de rébellion, il faut que ça pète un peu, toujours, il faut de l’énergie, le rock c’est la révolte, l’énergie, la rébellion, le rock joue un rôle important depuis sa naissance et je considère qu’il a contribué à tout changer, donc le rock doit faire partie d’une littérature qui se voudrait d’aujourd’hui et de demain. Disons que le rock est un ingrédient que personnellement je trouve indispensable si on veut écrire des textes inconfortables. Il y a aussi ce << beat >> qui fait que le texte peut se rythmer comme si un batteur l’écrivait avec ses baguettes et son pied de grosse caisse.
Mon livre << Voir Y. et mourir >> a été construit comme un concert dont chaque chapitre serait une chanson, mais dont l’ensemble serait cohérent et donc pourrait se lire comme un roman.
Je n’aime pas les livres <<évidents>>, ceux dont on peut deviner à l’avance ce qu’il va se passer ensuite, ceux dont le style est le même du début à la fin, ceux qui ont un flot

toujours égal.
Dans un concert, il y a des morceaux lents, des morceaux rapides, et moi j’ai voulu que ce livre soit comme une sorte de concert de rock. Il y a des chapitres qui sont comme ces chansons qu’on peut quitter un instant pour aller pisser et fumer un joint avant de revenir se plonger dans le concert.

J’aime que ça se termine en apothéose.
Et puis en coulisse il y a le drame, un drame terrible que j’ai vécu et qui m’a donné un regard encore plus féroce sur la société qui m’entoure, les gens, la politique, et.c.
Je voulais qu’un citoyen lambda puisse être touché par ces textes, mais aussi par exemple un punk, qu’il y retrouve fréquemment le parfum de sa révolte, de son ironie, de son cynisme.
En fait pour moi ce livre veut dire : << Je suis terriblement seul depuis la mort de Marilyn ma
compagne... >>, mais << Toi qui lis tu n’es pas seul ! >> et donc << Puisque tu lis mon livre je me sens moins seul... >>
Mon tempérament est un mélange d’enthousiasme et de joie de vivre, d’humour permanent, d’amour des excès en tous genre, mais aussi d’une espèce de calme olympien, voire de mélancolie, qui s’est installée depuis la perte de ce grand amour.
Je pense qu’on écrit aussi pour essayer de se faire comprendre un peu mieux, car évidemment comme je le raconte dans ces textes, depuis la mort prématurée de Marilyn, je vis une espèce d’errance, de solitude, malgré l’affection de ceux qui m’entourent, malgré des amitiés chaleureuses, cette solitude que je ressens étant un mélange du manque de Marilyn et d’une espèce d’incompréhension de ma personne de la part des autres, car évidemment dans ma situation on s’est forcément transformé en zombie. Au fond je ne m’entends qu’avec de gens non pas marginaux, mais plutôt limitrophes.


Ton livre << Voir Y. et mourir >> parle de beaucoup de choses, et notamment tu y relates des
expériences merdiques avec des groupes plutôt mauvais... Pourtant on sait que tu joues
souvent avec d’excellents musiciens...


Oui, heureusement ! Mais tu sais quand on commence la musique, on joue avec le copain qui a une basse, l’autre copain qui a une batterie, on se préoccupe pas toujours du niveau, on fonce, on répète, on se fait plaisir. L’expérience vient petit à petit. Il est certain qu’aujourd’hui je préfère jouer seul qu’avec des musiciens de troisième zone mais il faut bien commencer par le commencement.

Et puis ça fait des histoires cocasses qui me font bien rire aujourd’hui, avec le recul ! J’ai une vieille tendresse pour ces petits groupes, le premier groupe d’une bande de potes, qui essaient de faire quelque chose ensemble. Ils vivent des galères de matos, ils s’ engueulent aux répétitions, ratent souvent des plans pendant leurs concerts, dans de petites salles municipales, ils vivent une espèce d’aventure qui est celle du rock en réduction.


Maintenant que ce premier livre, << Voir Y. et mourir >> est sorti, je suppose que tu ne vas pas
t’en tenir là ?


Je suis en train de rédiger mon prochain livre, un roman rétro-futuriste un peu branque, ça se
passe sur Mars et aux quatre coins de la galaxie, c’est une histoire d’amour, prétexte à balader le lecteur qui se situe dans un monde un peu malaisé, décalé, dixième degré, je m’amuse follement à écrire ça, mais bon c’est un travail de longue haleine qui sera bouclé vers Juin, je pense. Je l’ai conçu comme un bon vieux trip au LSD, qu’on ferait après avoir fumé trois joints et après avoir sniffé deux rails de bonne, comme au bon vieux temps, hi hi hi !.
Le titre est déjà trouvé : << Dieu reconnaîtra les Martiens >>. Titre approuvé par ce maître qu’est Jonas Lenn, dont je recommande chaudement la lecture à ceux qui suivent ce blog !
A l’heure où tu m’interviews, Rudy, j’en ai rédigé sept chapitres et pour l’instant je suis satisfait du résultat, qui correpond à mes attentes.
J’essaie de mettre en orbite gravité et légèreté, joie et mélancolie, dans un monde étrange, d’y montrer les humains d’aujourd’hui, pourris, pervers, méchants et brutaux, en leur renvoyant à la figure leur brutalité, comme lorsque l’on vient t’agresser et que pour une fois tu oublies ta non-violence habituelle pour te résigner à foutre ton poing dans la gueule d’un salaud, quite à ne pas t’aimer dans ce rôle, car évidemment je préfère donner des caresses, parler doucement et gentiment, partager le rire, mais ça ne m’empêche pas d’avoir une grande gueule quand il le faut et j’essaie de traduire ce paradoxe dans mes textes.

Pour conclure, Claude Lafontaine ?

Mon maître-mot restera toujours Liberté. C’est ce qu’il y a de plus difficile à se construire et à défendre ensuite, car ta liberté elle sera plus violemment et plus régulièrement attaquée qu’un coffre-fort à la banque.

Ta liberté, il se trouve toujours des gens pour s’exciter à essayer de te l’enlever, c’est un bien précieux dont il faut savoir faire profiter les autres. Je pense que mes textes ne parlent que de ça, de la liberté à défendre, à donner aux autres. N’imagine pas qu’on va t’en faire cadeau, tu vas devoir la trouver toi-même et te battre toute ta vie pour ne pas la perdre.

Et je parle d’une liberté de qualité, celle qui ne gêne pas ceux qui en valent la peine.

Merci d’avoir répondu si longuement ! Je rappelle à ceux qui auraient été mis en appétit que
ton livre est facile à trouver sur le site des Editions Publibook, nous allons mettre un lien
pour faciliter les choses.

C’est moi qui te remercie, Rudy, ils ne se font pas chier pour la promo, la distribution, je dois tout faire moi-même, mais je m’en tape, le livre s’en va par le bouche à oreille, par les réseaux internet, ça part bien, les éditeurs vont se mettre à genoux pour avoir droit de publier le second ! ah ah ah ah ah ! Mes droits d’auteur, qui ne me permettront pas de changer de vélo, je les reverserai de toutes façons au cours de langue française que je donne bénévolement aux réfugiés politiques sans papiers à la Croix Rouge, histoire de nous acheter des manuels, car on n’est pas trop aidés de ce côté-là non plus.

Pas question d’empocher un seul centime par mon bouquin, question de principe.
 
Voir Y. Et Mourir .... disponible chez Publibook --->ICI<---

Interview littéraire: &quot;Voir Y. et mourir&quot; de Claude Lafontaine
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