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Chronique du "disque japonais" de Manu (Tenki Ame)

Publié le par Rudy L'Agité

Chronique du "disque japonais" de Manu (Tenki Ame)

Un jour, grâce à Manu, j’ai eu l’impression de traverser l’espace dans un nuage

de bonheur, de notes somptueuses, de textes délicats, il y avait cette voix qui

résonnait dans les écouteurs de ma cabine de pilotage, celle de MANU, la

chanteuse, celle qui était du XXIII e siècle, notre siècle, celui des pilotes qui vont

si loin qu’ils ne reviennent parfois jamais.

Je me demandais quand viendrait le moment où nous serions à nouveau en train

de parler et rire, Manu et moi, elle venait de sortir son disque « japonais « elle l’

avait glissé dans l’une des poches de ma combinaison juste avant mon départ, je

n’avais pas encore mon casque fixé, je l’avais sous le bras, et Manu m’a dit :

- Ecoute ceci, pilote, et dis moi ce que tu en penses.

J’étais sur le cul : Manu qui me confiait AVANT TOUT LE MONDE son tout

dernier bébé son.


Je me disais que je la retrouverais à mon retour à Tokyo et que nous passerions

le temps d’un dîner à parler de son disque, que je serais pendant un temps le seul

à pouvoir lui en parler, j’aimais ces privilèges, et nous serions pétants de joie et

de santé pour l’éternité, l’amitié ça sert à ça.

Manu ( Emmanuelle Monet )
Manu ( Emmanuelle Monet )

Je me disais que lorsque je serais en train de traverser le vide galactique je

pourrais enfin écouter ce fameux disque.

- Mais qu’es tu donc allée faire avec ces Japonais ? lui avais je demandé...

Manu a beaucoup de patience avec les copains, à condition qu’on n’abuse pas

trop de son temps. Mais il lui restait toujours cinq minutes à me consacrer,

surtout quand elle me voyait sur le point de prendre un envol, qu’elle m’

accompagnait au pied de mon vaisseau et que donc je ne pourrais trainer à l’

embêter avec mes questions.

- Avec ces « Japonais «, comme tu dis ben j’ai fait ce disque, mais attends, tu

imagines que c’est un disque avec des japonais seulement ? Ah ah ah ah ! Il y a

du monde là dessus, des gens que j’aime bien et qui s’aiment bien et qui sont

capables de travailler sur un projet avec autant de modestie que s’il s’agissait

de construire tous ensemble une maison. C’est cela, ce disque. ( Qu’elle glissa,

comme je l’ai dit, dans ma poche de combinaison spatiale ). Mais ne compte pas

sur moi pour t’en dire plus avant que tu ne l’aies écouté, sinon ça déflore, ça

pertube l’écoute.

Elle s’éloigna :

- Ecoute-le, laisse-toi attraper par nos chansons et tu m’en reparles à ton

retour, ok ?

Je m’installai dans mon poste de pilotage après avoir fait un dernier signe de la

main à Manu, qui partait d’un grand pas loin de cette piste.

Puis en quelques secondes je fus noyé dans le vaste océan noir qui contenait

toutes ces foutues planètes et plein d’autres.

J’en profitai pour regarder l’objet : une jolie pochette jaune avec un magnifique

petit dessin si élancé, si élégant, cette jeune femme avec ce tatouage en étoile sur

son cou fin.....

Je m’attardai à lire les indications techniques, les noms des musiciens, tout

figurait sur le petit livret narcisse et j’ai compris ce que Manu avait voulu me dire

: c’est un travail d’équipe, ce disque, ce n’est pas uniquement le talent de Manu

mais celui de nombreuses personnes, une véritable performance d’artistes entre

eux qui ont formé une belle équipe pour nous donner ce bijou.

Mon vaisseau perçait le noir complet, des petites lueurs de planètes, des petites

lueurs dorées d’étoiles parsemaient les alentours et je flottais si seul dans cette

immensité que j’ai eu un instant le sentiment que ma vie était devenue cela et

serait cela à tout jamais.

J’avais en imagination Manu près de moi, autour de moi, au-dessus de moi,

derrière moi, j’entendais encore le son de sa voix, elle était là, elle m’enveloppait

comme une couverture de sons merveilleusement tissés. J’avais mis son disque

à jouer.....

Une introduction au piano très émouvante me fit frissonner, des voix de tulle

flottèrent et Manu chanta :

- ... Et moi je pleure avec le sourire....

... Amour sous un soleil de pluie....

Les violoncelles rendaient la mélancolie totale de cette merveilleuse perle de

chanson,une chanson en forme de goutte de pluie en forme de larme.

 photo de Manu en duo avec Pat Kebra dans l'émission de Jacky à la télé.
photo de Manu en duo avec Pat Kebra dans l'émission de Jacky à la télé.

Comment je faisais pour comprendre ce que Manu chantait ? Simplement j’avais

lu le texte en français dans le petit livret qui accompagnait le disque et hop ça se

retient vite, quand c’est superbement et simplement écrit.

- ... Tenki ame no koi.

J’évoluais à partir de cet instant dans un endroit illimité, pas d’habitants, pas de

frontières, une zone sans climat.

Il y avait cette bouteille de vin de koshu que j’attrapai comme si elle voulait m’

échapper, j’en aspirai le contenu en manquant de m’étouffer.

« Je vais conserver pieusement cette bouteille lorsqu’elle sera vide : je n’

oublierai plus jamais cette chanson Tenki Ame, souvenir d’elle, de quelque

chose qui aura touché mon âme, cela me sera précieux... «

En inspirant profondément, je m’en fus écouter le second titre du disque «

japonais « de Manu : « Mo Jikikai « ( « J’attends l’heure « )

Je me déplaçais en montant, en descendant, je virais à babord, à tribord, mon

vaisseau dégringolait en pente raide, tout ça au travers d’une espèce de brouet

sombre en tulle de nuit, précédé du faisceau éblouissant de ses puissants phares

blancs.

Je sillonnais le vide, le néant, le nulle part.

La voix délicate de Manu ( qui pour interpréter d’autres chansons peut se révéler

vigoureuse ) faisait comme un collier de mots posés sur le velours d’un son de

guitare, puis soudain je me vis emmené encore plus loin, un voyage avec batterie

profonde en écho avant de revenir à la dentelle de départ. Tout cela était très

fascinant.

Il y eut comme ce piano cassé...

« ... Et les somnifères, dents dans le verre... «

«.... C’est l’heure des médicaments des cheveux blancs... «

Je pensai , en écoutant Manu glisser l’idée de vieillissement:

« Ce n’est qu’une saison qui se termine, ce n’est peut-être pas l’ultime

épisode... Il faut qu’il y ait une suite. Il faut une suite à tout cela... «

Je n’avais encore jamais entendu de chanson plus pertinente sur ce thème du

temps qui passe. Manu avait cette voix innocente et un peu enfantine qui rendait

encore plus terrible l’idée de ce temps de vie qui se termine un jour...

Décidément, mon vaisseau semblait foncer dans l’encre noire d’une bouteille

sans fond, l’alcool du vin de koshu commençait à faire effet.

Une idée s’imposa :

« Je suis dans le ventre de ma mère sonore, je suis désormais, Manu, comme un

bébé endormi qui écoute les chansons de ton disque japonais... «


Je me rendis compte que les étoiles avaient disparu, qu’il n’y avait plus que du

noir. Et cela m’avait merveilleusement préparé à écouter la troisième chanson....

« Suteki ni «

Les frappements de mains d’un public me ramenèrent sur la Terre en esprit, ce

disque, ces chansons, faites pour notre plaisir, mais simplement cet entrelacement

de la voix de Manu et de cette guitare, ce scoubidou voluptueux et vigoureux à la

fois me propulsèrent à nouveau très haut très loin dans les étoiles, j’aime la

vigueur rock’n rollienne et Manu elle sait y faire. Elle sait revenir à la paix pour

mieux nous emmener ensuite d’un tir de canon préparé par des choeurs légers et

fluides, la marmite bout petit à petit, on sait bien que tout va exploser, quelques

pas au bord du vide et le grand saut avec ces échos sur le chant !

Et tandis que je vidais la dernière gorgée de vin de koshu en suçant le goulot de

la bouteille pour n’en pas perdre une goutte, constatant que mon vaisseau ne

cessait sa course folle, droit devant lui dans l’épaisse obscurité silencieuse, et

devinant qu’il ne s’arrêterait plus jamais, je regardai en tous sens, allumai une

cigarette et m’entendis répéter avec jouissance, à voix haute :

- Ce disque est une merveille, une pure merveille, il y aura deux sortes de

Terriens, à mon retour : ceux qui l’auront à écouter chez eux et ceux, les

pauvres, qui ne sauront jamais à quel point il peut nous emmener loin....

Me voici qui me creuse un chemin parmi les étoiles et comètes, me voici qui

attaque ma route et me jette sur la planète métallique, Mercure, et moi j’écoute

les autres chansons de Manu, comme « Amaku Ochiru « ( « Douce Chute « ), le

petit vaisseau est un merveilleux bolide spatial, il y a ces violons en pizzicati,

Mercure tourne si lentement, ses cratères bruns sont visibles...

« ... Une rose mourante dans son vase

On ne peut pas tomber plus bas... «

Et nous voici en direction d’Uranus, grosse boule bleu-pâle toute glacée, je fonce

droit sur cette planète gigantesque et sans éclat, qui se trouve-là, telle un fantôme

de planète, silencieuse et menaçante, sans vie, la direction de Vénus, je la prends

aussi, mais ne sont-ce pas maintenant les Quatre Astres de Fannar disposés en

carré parfait que j’aperçois sur tribord, mais n’est-ce pa l’Astéroïde Anastas, son

océan unique, celui qu’on ne voit pas d’ici ?

( Je garde pour moi le reste du voyage, car comme toujours le but est ici de

donner envie d’écouter soi-même, de découvrir. Je sais que tu vas tout faire

pour te procurer ce disque « japonais « de Manu et moi je sais que je vais le

réécouter souvent, il fait partie de ma vie d’aujourd’hui. J’aime que ces

chansons soient en japonais, cette langue a une sonorité limpide et vigoureuse à

la fois. Merci Manu, merci les artistes, merci de ces cadeaux ... )

Pochette du disque de Manu: Tenki ame

Pochette du disque de Manu: Tenki ame

Chronique: John Flower
Mise en page: Rudy L'Agité

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plombier paris 09/03/2015 05:22

J'apprécie votre blog, n'hésitez pas a visiter le mien.
Cordialement


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